“Pas de deux à six pieds”
: Initiation à la voltige
par Alain Willemart
De nombreux rêves de gosse se concrétisent parfois bien tard, quand on est adulte. La voltige était pour moi l'un de ces rêves. Cette première expérience, que je dois, entre autres, à la dynamique commission Voltige de la FFE, me permet aujourd'hui de vous dire combien la voltige est un rêve accessible.
Enfant, c'était surtout la vue des Indiens, dans les films western, qui me faisait rêver, avec leur façon d'enfourcher, d'un bond, leur monture lancée au galop, ou encore, d'éviter les projectiles ennemis en galopant, à portée de fusil, le corps entièrement plaqué au flanc opposé de leur cheval... Bien sûr, nous n'en sommes pas arrivés là au terme d'une seule journée d'initiation, mais j'éprouve maintenant l'envie d'approfondir le sujet !
Le plus étonnant dans la voltige, c'est que, contrairement à ce que j'imaginais, les évolutions spectaculaires du voltigeur ne sont pas uniquement le fruit de son agilité et de son audace, mais bien davantage l'utilisation de techniques très précises et apprises progressivement, pas à pas.
On apprend ainsi, progressivement, à calquer son pas sur celui de Némo, le gentil cheval alezan, et cela à toutes les allures. Les poignées de surfaix sont dans les mains, mais on ne doit pas s'y tenir vraiment. Tout cela se déroule dans une mécanique de groupe qui cherche un peu son rythme : les voltigeurs se cèdent la place à tour de rôle, sans interruption, dans une sorte de balai tournant, un vrai carrousel vivant. Pour approcher le cheval, on apprend d'abord à "viser" juste, c'est-à-dire devant le cheval. Ce dernier étant en mouvement, viser le surfaix nous mènerait droit dans sa jolie queue. Puis, à l'arrêt, on apprend la technique qui nous permettra, plus tard, de "sauter" seul à cheval en mouvement, puis, plus tard encore, à bondir sur lui à l'arrêt (au bout d'un an de pratique !). Pour l'instant, nous sautons avec l'aide d'un "pareur" qui nous aide et nous guide dans notre mouvement, et surtout, nous "pare" en cas de chute.
La voltige demande l'exécution de mouvements qui paraissent, de prime abord, contre nature. En vérité, elle demande d'utiliser les ressources dynamiques insoupçonnées de notre corps, de la masse du cheval et de la vitesse des deux. Hum ! En fait de vitesse, pour le moment nous sommes à l'arrêt, pour monter sur le cheval en balançant la jambe droite d'avant en arrière et en baissant la tête. Le pareur nous saisit au genou et à la taille, et hop ! Il nous aide bien...
Tout au long de la journée, les stagiaires découvrent de nombreux gestes. Pour moi, tous ces gestes me sont totalement inconnus, malgré mon passé de cavalier randonneur. Mais surtout, à travers ces mouvements et ces enchaînements, on découvre que chaque geste doit être exécuté avec la souplesse, la grâce et la légèreté d'un danseur, dans le respect de certains préceptes qui font du voltigeur autre chose qu'un simple acrobate cascadeur. En effet, savoir bondir et cabrioler est une chose, savoir bien voltiger en est une autre. C'est cette différence qui fait du voltigeur le partenaire idéal du cheval pour réussir ce que l'on pourrait appeler un "pas de deux à six pieds".
extrait du n° de mai2000 de la revue Hippo
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